c toi l’progrès !

By ctoileblog

Il y a 30 ans en 1977, on ne pouvait pour ainsi dire pas communiquer, on était libre.

On était libre par exemple de donner signe de vie au moment où on l’avait décidé. Et ça, ça n’a pas de prix.

Ta femme ou ton patron pouvait te joindre uniquement si tu croisais une cabine téléphonique sur le chemin. Ainsi en faisant semblant de ne pas la voir tu échappais à leur contrôle. Les relations étaient fatalement basées sur la confiance. La femme qui attendait n’angoissait pas davantage que celle d’aujourd’hui car n’ayant pas intégré ce concept marchand du « je veux tout, tout de suite », elle savait patienter en silence le retour de son Homme. Ce mystère entretenait le couple.
Aujourd’hui les femmes travaillent ? Ce n’est pas un progrès technologique.

Avec le portable aujourd’hui nous sommes libres de faire en une journée ce que l’on pouvait faire hier en un mois.

S’agissant du monde des affaires, nous avons simplement accéléré le rythme. C’est la seule amélioration visible. On ne produit pas mieux, on a juste besoin de produire plus vite . Pour ne pas se faire doubler par la concurrence qui dispose de la même technologie, il faut accéler la cadence. Ce n’est pas un progrès, c’est un changement de tempo.

S’agissant du service à la personne cette rapidité est un progrès indéniable : les pompiers, le SAMU ou la Police sont alertés plus rapidement, mais il ne faut pas se leurrer les feux se déclarent plus rapidement, les criminels s’enfuient plus vite qu’avant et ils font davantage de dégâts aussi. Ce n’est pas un progrès, c’est un changement d’intensité.

J’ai l’air d’être nostalgique mais ce n’est qu’une impression car enfant j’ai rêvé de cette vitesse. Ce pouvoir d’avoir très vite toujours plus je l’ai imaginé . Etre en interaction permanente avec les éléments comme cela se produit aujourd’hui avec les jeux vidéos en ligne, je l’ai rêvé . J’aurai accepté la part obscure de ce progrès sans hésiter une nanoseconde.

Les exaltés de Mai 68  n’ont pas imaginé que se serait le libéralisme économique qui leur apporterait LA réponse.
On ne peut pas leur en vouloir, ils ne pouvaient pas savoir . Ils pouvaient tout juste communiquer d’une maison à une autre par le téléphone à cadran rotatif, alors Ils étaient loin de se douter qu’un jour ils pourraient contacter l’individu lui même sans sa maison. Auraient ils saisi la nuance d’ailleurs?
Il y avait bien une ouverture sur l’autre avec la télévision, mais le choix du programme leur était imposé. Par conséquent la seule liberté dont ils disposaient était celle de fermer le poste et d’imaginer le monde.
Comment ne pas devenir révolutionnaire avec tout ça ?

J’associe les années 70, sont des années de plomb où tout semblait figé au mieux statufié. Il fallait attendre encore un peu.
Cette “salle d’attente” me rappelle une bibliothèque municipale. Je conserve l’image d’un bâtiment sans étages, sobre et massif, dont la rectitude se dégage d’un paysage enneigé. Une jeune femme marche à pas lent vers ce bloc sans âmes, les éléments ne semblent avoir aucune emprise sur cette créature. Elle vient certainement rapporter un livre qu’elle a emprunté la semaine dernière. Son nom est sur la petite fiche rose. Je surplombe la scène. Les flocons de neige se déposent délicatement sur ses épaules et viennent adoucir les contours bruts du béton . Elle est à l’image de cette nature, à la fois douce et terne, elle avance sereine car elle est libre.

Il y a deux choses à comprendre :
D’abord…
On comprend le sens de Mai 1968 comme une volonté de bouger une société figée dans une moralité pesante. Une envie de se libérer d’un plombage, pour enfin profiter. Liberté et profit, les mots ne sont pas anodins car ironie de l ‘ Histoire : se sont le progrès technologique et la mondialisation économique qui donneront cette liberté aux enfants de Mai 68.

Aujourd’hui ils sont Libres collectivement de manger Mac Do et de pisser coca cola. Tous ensemble libres, mais individuellement prisonniers de cette dépendance.
Ils vont très vites et très loin mais droit dans le mur comme le Jaguar sait qu’il courre à 130 kmh sans le savoir.(M-E. Nabe)

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